Aligner la silhouette d’un bouquetin mâle avec la pleine lune. Voilà plus de trois ans que cette quête m’obsédait. À chaque pleine lune, je préparais minutieusement mes sorties, mais il manquait toujours quelque chose : les conditions n’étaient jamais vraiment réunies. Je rentrais de nuit, sans résultat. Encore et encore.
Le week-end dernier, je suis reparti comme à mon habitude observer le lever de la pleine lune, avec l’espoir de réaliser enfin ce cliché unique que je poursuivais depuis si longtemps. Beaucoup de personnes étaient présentes sur le col ce soir-là, et les bouquetins avaient quitté les lieux pour se réfugier dans la falaise…
Alors que j’allais mettre ma frontale pour redescendre, contre toute attente, un grand mâle est réapparu et s’est dirigé vers l’unique crête où j’espérais le voir surgir, parfaitement aligné avec la lune.
À cet instant, j’ai compris que la quête touchait à sa fin. L’émotion m’a submergé, mais il fallait rester concentré : ne pas se louper. Tout s’est joué très vite. Il a fallu ajuster les réglages à main levée, sans perdre une seconde, tout en courant pour me positionner au bon endroit en contrebas car la lune était déjà haute. Puis, en regardant dans le viseur, je l’ai vu. J’ai su que j’y étais enfin !
Après tant de tentatives, la chance me souriait enfin. À 22 heures, perché dans les Préalpes fribourgeoises et dans l’obscurité, j’étais si heureux. Fier d’avoir persévéré. Fier de toutes ces sorties, de tous ces échecs et de toutes ces heures passées pour finalement réaliser ces images.
Ces photos sont bien plus que de simples clichés pour moi. Elles me rappellent que l’important n’est pas seulement le but, mais surtout la quête, parfois périlleuse, qui nous y mène.